Des « miracles » comme ceux-là, les magnétiseurs en ont plein à raconter, plus extraordinaires les uns que les autres. Un tel, courbé en deux par une sciatique, repart droit comme un « I ». Un autre victime d’un zona très douloureux dans le dos ne souffre plus autant après l’intervention d’un magnétiseur, et l’affection se résout rapidement. Une troisième encore, migraineuse notoire, a rompu avec le cycle de ses douleurs céphaliques. Une quatrième, en proie à de l’asthme, a vu diminuer l’intensité et la fréquence des crises. Allergies diverses, angoisses, brûlures, rhumatismes, eczéma, herpès, insomnies, moments de déprime, hypertension, douleurs diverses, entorses, kystes, cystites, problèmes de digestion, de foie…, autant de maux que le magnétisme améliore, voire guérit. Comme par enchantement. Pour expliquer cela, les anciens parlaient de fluide. On l’envisage davantage, aujourd’hui, en termes de magnétisme et/ou d’énergie. Pour Hubert Boumendil, thérapeute à Saint-Rémy-lès-Chevreuse : « Il y a une résonance entre le champ énergétique du patient et celui du magnétiseur. Ce dernier transmet de l’énergie là où il y en a besoin, ou la disperse quand c’est nécessaire. En fait, c’est quelque chose que l’on ressent, de manière intuitive, sans pouvoir l’expliquer. Mes mains vont là où elles sentent qu’elles doivent aller, un peu comme de l’improvisation sur un piano. »Il s’agit bien d’une force intérieure qui n’a rien à voir avec l’apparence. « Peu importe qu’ils soient petits et malingres, souligne Edith Acédo, l’important c’est la personnalité du thérapeute : son charisme et sa foi (tranquille mais pas aveugle) dans le don qui est le sien. » Faculté supranaturelle Un don ? disons plutôt une capacité que leur a conférée la nature. « J’ai toujours manifesté de l’intérêt pour ces phénomènes, se souvient Hubert Boumendil. Un jour, plus pour m’amuser qu’autre chose, j’ai passé la main sur le front d’une amie qui avait une migraine, et son mal de tête a disparu. Du coup, je me suis mis à travailler. » C’est-à-dire à lire, à rencontrer d’autres magnétiseurs, à affiner son intuition, à augmenter sa sensibilité, à apprendre à se concentrer, à connaître la nature humaine. Parfois, c’est la rencontre avec un autre magnétiseur qui déclenche la prise de conscience de ce don. C’est ce qui est arrivé à Jacques Montagner, chargé des relations publiques au Gnoma . D’autres fois, le don se transmet de génération en génération, comme pour Gérard Tomassin, libraire à Cavaillon. « Pendant de longues années, écrit-il dans « Guérir l’âme et le corps » , j’ai refusé d’admettre cet héritage de ma grand-mère qui enlevait le feu et le coup d’air (irritation des yeux). Il a fallu que je sois conduit à intervenir sur un problème d’ordre familial pour réaliser qu’il était égoïste de ma part de garder pour moi cette faculté de soulager et même de faire disparaître certaines maladies. »Quant à la façon de procéder, chaque guérisseur fait comme il le sent, comme il a appris. Certains demandent au malade de s’allonger, d’autres travaillent sur le patient assis ou debout. Soit le thérapeute impose ses mains à un endroit précis, soit il fait des « passes » : des mouvements amples et rapides au-dessus du corps (mais jamais au contact, et jamais à peau nue) ; soit il récite- marmonne- prononce- répète des formules « qu’il ne peut pas dévoiler sous peine d’en perdre l’efficacité », croit Gérard Tomassin. D’autres comme Marie-Luce Le Mapian, magnétiseuse, pensent que les rituels prononcés ont une valeur énergétique en eux-mêmes et qu’il suffit de les dire avec cœur et conviction pour obtenir un résultat. Parfois le guérisseur souffle sur le mal : « Sur ce qui est chaud, on souffle froid ; et sur ce qui est froid, chaud », résume Edith Acédo. Pour elle, le magnétisme imprègne l’air ambiant, nous le respirons et nous le restituons en expirant. Les guérisseurs, eux, imprimeraient leur force particulière à l’expir. Souvent enfin, ils accompagnent leurs passes de différents signes cabalistiques ou symboliques, le plus courant étant celui de la croix. Ce faisant, certains répètent simplement le rituel qui leur a été enseigné et auquel ils ne dérogent pas, craignant de voir disparaître leur faculté. D’autres, et ils sont nombreux, signifient ainsi qu’ils ne sont qu’un instrument entre les mains de Dieu ou d’une Force de vie supérieure. « Les magnétiseurs sont comme des dynamos, ils emmagasinent de l’énergie pour la redistribuer, schématise Hubert Boumendil. Je me fais l’effet d’être un canal qui reçoit et donne. »L’étrangeté du magnétisme entraîne crédulité ou scepticisme. Il faut dire que la mise en scène orchestrée par quelques prétendus « mages-magnétiseurs » : bougies, encens, décor, statuettes… et destinée à frapper les esprits, ajoute à l’énigme. L’immense majorité des guérisseurs obtiennent des résultats incontestables et étonnants. Par quel processus ? Mystère ! Deux effets sont, de façon quasi constante, relatés par les malades. D’une part, le magnétisme atténue la douleur physique et apaise la souffrance morale ; d’autre part, ils se sentent revigorés, plus « solides », plus dynamiques après une séance. Ces deux effets suffisent-ils à dégager la force vitale d’autoguérison que chacun de nous possède ? Peut-être, c’est du moins l’explication avancée par de nombreux guérisseurs. Faute d’autre justification plus rationnelle, le corps médical s’est longtemps refusé à l’accepter, parlant de charlatanisme ou de sorcellerie. Mais le recours aux guérisseurs n’a pas disparu. Au contraire, le phénomène a même l’air de revenir en force, sous l’influence, peut-être, des marabouts africains et autres mages, dont certains ont pignon sur rue. L’exemple anglais y |
est peut-être pour quelque chose : les « healers » (guérisseurs) sont considérés comme des thérapeutes de thérapies alternatives, au même titre que les homéopathes ou les acupuncteurs. Ils pratiquent leurs séances de « healing » en cabinets de groupe, et interviennent dans les cliniques, comme au Cancer Center de Bristol. Fort heureusement, quelques médecins ne pratiquent pas d’ostracisme à l’encontre du travail des guérisseurs. Au 1er colloque guérisseurs-médecins organisé en novembre 1999 par le Gnoma, des médecins homéopathes et allopathes, en tout moins d’une dizaine, ont participé au débat sur la place des magnétiseurs dans l’univers médical et sur les liens qui pourraient s’instaurer entre ces deux modes d’appréhension de la santé et de la guérison. Actuellement, les relations entre les deux professions relèvent plus de rencontres personnelles débouchant sur une estime réciproque que d’une véritable collaboration. Pourtant se développe, surtout de la part des jeunes médecins, une curiosité bienveillante. Animatrice de stages dans le cadre de l’association Terre du Ciel, Edith Acédo estime à quelques dizaines chaque année, les généralistes nouvellement installés et les médecins de médecines alternatives qui viennent s’initier à ses méthodes de visualisation et de traitement. « Certains sont doués, reconnaît-elle. D’autres ont beaucoup de mal à agir de manière plus ou moins surnaturelle. Certains ont une telle humilité et un tel manque de confiance en eux qu’ils n’obtiennent pas de résultats. » Mais les débuts d’une collaboration sont là, prometteurs ! 



